[CRITIQUE] 10 Cloverfield Lane (2016)

Résumé : Une jeune femme se réveille dans une cave après un accident de voiture. Ne sachant pas comment elle a atterri dans cet endroit, elle pense tout d’abord avoir été kidnappée. Son gardien tente de la rassurer en lui disant qu’il lui a sauvé la vie après une attaque chimique d’envergure. En l’absence de certitude, elle décide de s’échapper…

Critique : 

Je dois le dire assez vite, je fus le premier à être surpris de l’existence d’une suite à Cloverfield. Sorti il y a dix ans, le premier chapitre avait été une révélation pour bien des gens en étant totalement inconnu, avec une existence fait sur le vif (À peine quelques semaines avant sa sortie.) et avec une publicité qui transpirait l’ingéniosité et le mystère. Bien que ces exercices puissent paraître suicidaires de nos jours, il n’en demeure pas moins que Cloverfield avait été applaudi pour cela. Après le succès phénoménal qu’il eut (100 millions de dollars!), Cloverfield était assuré d’une suite expéditive. À l’époque, Matt Reeves, Drew Goddard et J.J. Abrams parlaient sans arrêt de leurs idées d’offrir une suite qui se déroulerait en même temps que le premier chapitre, ou sur les origines de leur Godzilla! Pour autant, avec des projets toujours plus ambitieux, nos trois têtes pensantes auront retardé l’idée et de l’eau aura coulée sous les ponts. Il y a quelques semaines à peine, 10 Cloverfield Lane sortit sa bande-annonce, ses photos et affiches sans avertissement. Bien que mon intérêt pour une suite était disparu depuis longtemps, je dois avouer que de découvrir une suite spirituelle modique au gros long-métrage d’antant me plaisait un peu. Ne restait qu’à voir ce qu’arriverait à faire Dan Trachtenberg (Sous la supervision d’Abrams!).

10 Cloverfield Lane place son intrigue sur Michelle, une femme qui vit une rupture brutale avec son conjoint. Après cette dite rupture, Michelle décidera de partir de chez elle et d’aller loin de son petit copain. Sur la route, Michelle aura un terrible accident de voiture qui la mettra inconsciente. À son réveil, Michelle découvrira qu’elle est dans un sous-sol étrange, dans une pièce capitonnée et que son pied brisé est attaché. Assez rapidement, elle fera la connaissance d’Howard, un homme étrange. qui semble inoffensif, mais aussi très imprévisible dans ses actions. Après avoir tenté à quelques reprises de s’échapper, Michelle tentera de communiquer avec son ravisseur et découvrira que la planète entière serait éteinte à cause d’un gaz mortel dans l’atmosphère. Un peu plus tard, Howard sera contraint d’héberger Emmett, une de ses anciennes connaissances. Si au départ les tensions et les tentatives d’évasions seront de mise entre Michelle et ses deux compagnons, il s’avéra que le trio devra s’entendre et tenter de se divertir avec quelques éléments du décor (Télévision, jeux de société, films…) qu’Howard aura placé dans le bunker. Malheureusement pour Michelle et Emmett, Howard cache plusieurs secrets bien sombres dans ledit bunker…

En tant que suite à Cloverfield, il faut le dire aisément, 10 Cloverfield Lane est un échec cuisant qu’il est difficile de nier. Non seulement l’œuvre possède très peu de liens avec son aîné (Outre la présence d’extraterrestres, la présence de J.J. Abrams et le titre.), mais ne s’arrange jamais pour avoir une vraie connexion avec son aîné (Contrairement à un The Wicker Tree qui touche bien plus dans le mille.). Pour autant, est-ce que 10 Cloverfield Lane est un mauvais long-métrage? Absolument pas! Non seulement ce spin-off est une réussite, mais offre un sympathique long-métrage indépendant qui vaut le détour, ne serait-ce que pour sa façon d’offrir un huis-clos et thriller impeccable.

Dès le départ, on offre un style visuel intéressant et sophistiqué à 10 Cloverfield Lane où nous voyons une situation peu réjouissante où Michelle vit une séparation avec son petit copain. Mais au lieu de l’offrir avec des dialogues et une mise-en-situation banale et clichée, Dan Trachtenberg aura compris l’expression «Show, don’t tell» et nous montre simplement la scène, avec un silence lourd, et simplement des petites images sur l’ambiance lourde qui règne, Michelle qui pleure, qui fait ses valises et qui prend une bouteille d’alcool. Cela peut paraître anodin pour des spectateurs lambda, mais est une véritable leçon de réalisation pour les connaisseurs en cinéma. Par après, 10 Cloverfield Lane ne s’arrête plus et offre une histoire progressive, mais avec des plans toujours utiles pour faire avancer l’histoire concrètement. Puis, dès que l’accident de voiture arrive, ce compagnon spirituel change drastiquement d’ambiance et de style pour offrir un thriller «Hitchcockien» qui aurait rencontré le style de Stephen King (Misery surtout). Même si le style sera totalement imprévisible pour ceux qui voulaient une suite au film de Kaijū, il demeure que ce changement de style est justement la plus grande qualité de 10 Cloverfield Lane.

Ensuite, il s’avère que la clé de la réussite continue avec une tension progressive et une paranoïa constante qui amène un suspense réussi. On sent que le but des scénaristes Josh Campbell, Matthew Stuecken et Damien Chazelle était vraiment de parvenir à créer une rivalité solide entre Michelle et Howard et de mettre un doute constant envers cet homme étrange. Bien que l’on ne doute jamais de l’état mental fragile d’Howard, il demeure que nous sommes sans cesse titillés entre sa personnalité bienveillante et généreuse qui est suivie par ses crises de colère imprévisibles. Donc, le mystère demeure complet sur ses véritables intentions pendant toute la première et deuxième partie de l’œuvre. Pour autant, on alterne dignement avec une camaraderie progressive entre les trois colocataires du bunker. La fameuse scène où Michelle et ses deux compagnons décident simplement de vivre paisiblement dans le bunker est assez rigolote et démontre une camaraderie sympathique.

Puis, 10 Cloverfield Lane touche la cible en montrant trois personnages bien développés au fur et à mesure de l’intrigue. Michelle devient assez rapidement une héroïne attachante et bien sympathique que l’on veut réellement apprendre à connaître au gré du temps. Même chose pour Emmett qui est assez peu développé, au départ, mais qui saura offrir plusieurs scènes de dialogues solides, surtout celle où il discute de ce qu’était ses ambitions avant d’être dans le bunker avec Michelle. Puis, il y a Howard qui, bien que continuant sans cesse à contenir le mystère, réussit à avoir une personnalité définie et que l’on a envie d’apprécier. Je dirais même qu’il s’agit d’un coup de maître pour Josh Campbell, Matthew Stuecken et Damien Chazelle d’être parvenus à nous faire apprécier progressivement Howard, tout en sachant qu’il n’est pas net et qu’il semble avoir plusieurs secrets dans sa manche. J’apprécie particulièrement son air calme et serein, pendant que Michelle est attachée à son lit et que celui-ci lui donne son petit déjeuner!

Malgré que j’adore la camaraderie et l’amusement des personnages dans le bunker, pour passer le temps, il demeure que 10 Cloverfield Lane possède ses grandes forces lorsqu’il abandonne le côté serein et gentillet pour retourner à l’aspect thriller qu’il tient aussi bien. Le fameux moment où Michelle, après être passée dans un petit conduit d’aération, découvre plusieurs éléments étranges dans la petite pièce est assez forte en émotions. Je dirais la même chose pour la paranoïa progressive qui touche Michelle et Emmett qui tenteront de se construire une combinaison pour aller dehors, au lieu de rester avec Howard. Puis, la fameuse scène du bain d’acide est brillamment offerte et tient un suspense fort où nous ne savons pas où elle mènera. Bien qu’elle arrive en première partie, la scène où Michelle tente de s’échapper du bunker, avec Howard à ses trousses, tient aussi du génie (Dommage qu’elle soit offerte dans la bande-annonce…).

Pour ce qui est du côté technique, 10 Cloverfield Lane se défend très bien! À la réalisation, Dan Trachtenberg, dont c’est le premier long-métrage, offre un travail technique hors pair, tout en donnant plusieurs scènes de tensions et un suspense progressif qui font du bien. Puis, la scène d’introduction possède une maîtrise rare et démontre un exemple à suivre pour les nouveaux réalisateurs de ce monde. Le montage de Stefan Grube est impeccable et possède plusieurs coupures brusques bien offertes et un côté lent qui tient tout aussi bien le long-métrage. Jeff Cutter donne une direction photographique assez ordinaire, mais il demeure qu’elle soutient bien le long-métrage et le rend visuellement très professionnel pour son maigre quinze millions de dollars de budget. Bear McCreary (Agents of S.H.I.E.L.D., Damien, The Walking Dead) offre une trame musicale impeccable et parvient à offrir un suspense constant avec des musiques stridentes et fortes.

Les acteurs sont aussi un atout pour l’œuvre. Mary Elizabeth Winstead (Final Destination 3, The Thing, Scott Pilgrim, Live Free of Die Hard) offre une performance très correcte, mais qui reste assez peu impressionnante au final. J’apprécie beaucoup cette actrice, mais elle a su mieux faire par le passé. John Goodman (The Flintstones, Red State, Death Sentence, The Hangover 3) offre probablement la performance de sa carrière; il est glaciale, imprévisible et possède des airs effrayants qui aident à croire à l’aspect pas net de son personnage. John Gallagher Jr. (Hush) offre une performance dynamique et naturelle qui fait du bien à voir. On notera aussi la présence de Bradley Cooper (La trilogie The Hangover) vocalement parlant.

Pour ce qui est des défauts, ce serait vraisemblable le dernier acte de l’histoire où nous voyons enfin ce qu’il y avait dehors. Bien que 10 Cloverfield Lane était parvenu à offrir un suspense constant et un huis-clos très fort, il ne réussit pas à rendre intéressant la véritable révélation sur la menace extérieure. Non seulement cela, mais dès lors on tombe dans un côté science-fiction inintéressant, en offrant même des effets spéciaux puérils et une exagération peu réussie. Bien que ce dernier acte ne soit pas totalement médiocre, il n’a pas sa place dans une œuvre qui tentait autant à offrir un thriller aussi subtil et soutenu. J’aurais probablement crié de joie de voir cela dans Cloverfield, mais pas dans une œuvre aussi à l’opposée que 10 Cloverfield Lane!

Au final, je retiens surtout de 10 Cloverfield Lane sa façon d’être parvenu à offrir un suspense aussi symétrique et offert avec brio. Tout dans ce compagnon spirituel transpire l’excellence et il serait difficile de se plaindre du manque de connexion avec l’œuvre originale de Matt Reeves. Non seulement Dan Trachtenberg et son armée de scénaristes sont parvenus à offrir une œuvre puissante et qui stresse, mais ils ont su démontrer qu’un simple petit thriller méconnu et avec une publicité avare pouvait avoir sa place dans les salles obscures. Au moment où nous parlons, 10 Cloverfield Lane aura eu un box-office de 58 millions (Pour un budget de 15.), mais aussi une note extrêmement positive sur Rotten Tomatoes (90%), ce qui démontre bien toute son excellence et son utilité à être sorti en salles. Puis, aux dernières nouvelles, J.J. Abrams n’exclut pas le fait que 10 Cloverfield Lane pourrait être le départ d’une nouvelle saga spirituelle à Cloverfield. Ce qui me plaît bien, je dois l’avouer!

Note : 4 / 5

En résumé : 10 Cloverfield Lane n’est peut-être pas une innovation en tant que thriller ou suspense psychologique quelconque, mais en tant que suite/compagnon spirituel à l’œuvre de Matt Reeves, il peut définitivement être un grand pas pour ce début de saga! Non seulement les acteurs sont convaincants, mais le côté technique est hors pair et le scénario propose une montée de qualité progressive. Bien que nous avons vus mieux et verront mieux dans les salles obscures, ce petit thriller est fort sympathique et propose une équipe de talent et un produit fini impeccable. Si une suite peut se voir produite, je serais définitivement dans les salles de cinéma!


Réalisation : Dan Trachtenberg

Scénario : Matthew Stuecken, Josh Campbell, Damien Chazelle

Avec : Mary Elizabeth Winstead, John Goodman, John Gallagher Jr.

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s