[CRITIQUE] Unbreakable (2000)

Résumé : Après un accident dévastateur, un homme se découvre des capacités extraordinaires.

Critique :

Bien que je sois fanatique du sous-genre des longs-métrages de super-héros, il demeure que ceux qui touchent mes cordes sensibles sont très rares. Si on enlève la filmographie de Zack Snyder (Surtout Watchmen et Man of Steel), la saga Blade ou les Spider-Man de Sam Raimi, il ne reste pas grand-chose dans ce sous-genre qui soit véritablement exceptionnel. Pour autant, il demeure qu’un long-métrage de super-héros me touche plus que les autres et celui-ci aura été offert par l’illustre M. Night Shyamalan et porte le doux nom d’Unbreakable. En effet, l’homme responsable de The Sixth Sense, Signs ou Lady in The Water aura lui aussi offert sa vision des super-héros. Pour autant, il faut bien comprendre que le réalisateur aura offert un long-métrage de son cru, pas une adaptation de bandes-dessinées, comme le fait sans arrêt Hollywood depuis le début de la décennie 2010. Dans cette optique, il demeurait intéressant de voir où irait son concept et si sa vision serait positive sur les bandes-dessinées et les héros en général. Puis, il restait à voir si le duo composé de Bruce Willis et M. Night Shyamalan serait aussi intéressant et impressionnant que lors de The Sixth Sense, tout en rendant crédible cette histoire sur le quotidien ordinaire d’un homme extraordinaire.

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Affiche nord-américaine

L’histoire d’Unbreakable suit au départ David Dunn, un homme ordinaire qui, depuis quelques temps, vit une séparation graduelle avec sa femme, se préparant même à la tromper. Pour autant, David aura une surprise de taille lorsque le train où il est passager déraille complètement. Quelque temps plus tard, David Dunn se réveillera à l’hôpital, sans savoir ce qu’il lui est arrivé. La stupeur d’un médecin sera que David ne possède aucune égratignure, malgré qu’il fut sur les sièges passagers. Ce sera qu’autant plus déroutent lorsque l’autre survivant meurt de ses blessures et que les gens le regardent d’un œil incrédule. Après l’enterrement des victimes, David aura une lettre sur son pare-prise qui lui demandera s’il a déjà été malade. Dès lors, les questions se bousculeront dans sa tête et il comprendra qu’il est beaucoup plus spécial qu’il ne le pense. C’est au même moment qu’il fera la rencontre d’Elijah Price, un homme ayant toujours eu des problèmes aux os qui auront fait que celui-ci est cassable comme du ver. Ce dernier expliquera à David qu’il pourrait être un super-héros en ayant des facultés spéciales. Tout en vivant des problèmes sérieux avec sa femme, Audrey, et son fils, Joseph, David devra accepter son destin et être le héros qu’il doit devenir !

Faire un long-métrage de super-héros, dans un contexte normal et d’auteur, était risqué, sur papier. Pour autant, M. Night Shyamalan aura parfaitement compris comment y parvenir, donnant, dès les premières scènes, une approche réaliste et terre-à-terre qui fonctionne parfaitement. Que ce soit le personnage d’Elijah Price qui possède des problèmes aux os ou David Dunn qui est un super-héros qui en n’est pas conscient, le résultat est vibrant de force. D’un autre côté, M. Night Shyamalan prend la peine, dès le départ, d’utiliser le contexte des bandes-dessinées et des héros emblématiques à des fins de décoration, tout en peignant sa propre histoire dramatique et mystérieuse de l’autre côté. Nous pourrions croire que cela ne fonctionnerait pas, surtout avec l’approche d’auteur que préconise le réalisateur, mais le pari est réussi haut la main, surtout en ce qui concerne le passé d’Elijah Price où les héros du folklore populaire lui auront permis de surmonter sa maladie aux os.

L’autre grosse qualité d’Unbreakable est de parvenir à rendre intéressant et imposent le quotidien du héros et ses déboires face à la vie, au point même où Sam Raimi aura repris ce style avec sa trilogie Spider-Man. En effet, dès que nous voyons le héros tenter de tromper sa femme, nous comprenons aisément que le but de M. Night Shyamalan est d’humaniser David Dunn, mais également de parvenir à le rendre vulnérable et normal. C’est d’ailleurs une excellence sur ce point en montrant celui-ci travailler ou parler à ses proches, surtout sa femme et son fils. On parvient également à rendre le duo entre Elijah et David crédible avec une chimie assez malsaine et équitable à la fois, ce qui marche parfaitement avec les impressions de chacun des personnages sur l’autre. Le personnage d’Elijah est d’ailleurs une des grosses réussites du long-métrage, M. Night Shyamalan parvient à le rendre excentrique et logique, tout en montrant le regard des gens qui l’écoutent parler avec des théories sur le super-héroïsme qui fonctionnent presque, selon ses explications. Dans ce style, la fameuse scène où Elijah explique que David Dunn est le miracle qu’il attendait depuis longtemps, avec les accidents multiples où il n’y a eu aucun survivant, est assez forte et pleine de bon sens.

Pour autant, la meilleure qualité d’Unbreakable est de rendre plausible et logique son concept, au-travers d’un univers sombre, froid et réaliste. Tout le long de l’intrigue, M. Night Shyamalan ne tente jamais de mettre en évidence que les super-héros n’existent pas ou ne sont pas plausibles, surtout au-travers des multiples théories de Elijah, mais également avec des brides de dialogues claires remettant le couvert sur la plausibilité de l’œuvre. Même la séquence où Elijah trouve pourquoi David Dunn ne peut résister à l’eau et se noie facilement est une excellente scène, tout comme celle des haltères où David, avec son fils, découvre qu’il est surpuissant, sans jamais l’avoir compris auparavant. Malgré toutes ses qualités, c’est véritablement le dernier acte, où David devient le héros qu’il doit devenir, en se remémorant des flashbacks, tout en allant dans une gare où il touche des gens, en voyant ce qu’ils ont fait dans le passé. Bien que cette faculté de David Dunn ait été montrée auparavant avec un bandit qui avait une arme à feu, il demeure que cette scène est inattendue et percutante, offrant plusieurs minutes saisissantes. Même la confrontation finale entre David et un concierge fou qui retient une famille en otage est assez forte et tient une grande émotion, surtout quand il le retient par cou. Pour autant, le plus grand accomplissement de l’œuvre demeure son revirement final qui est bien caché et redéfini complètement l’œuvre. D’ailleurs, même si je ne ferais pas l’unanimité, ce revirement est de loin meilleur que celui de The Sixth Sense.

Comme dit auparavant, Unbreakable transpire un côté long-métrage d’auteur qui joue en sa faveur. Puisque M. Night Shyamalan a été longtemps un réalisateur intimiste avec une style visuel personnel, il n’est pas étonnant qu’il ait voulu mettre ce style dans son long-métrage de super-héros. D’ailleurs, ce style visuel permet à l’œuvre d’être encore plus terre-à-terre et de dépeindre une normalité dans le produit fini. Parce que, soyons honnêtes, le but de M. Night Shyamalan est clairement de mettre en évidence une banalité dans la vie du personnage principal, tout en représentant bien le quotidien sombre et pessimiste qu’est notre monde. Il y parvient parfaitement, surtout avec les multiples prouesses techniques comme de mettre le point de vue d’un miroir ou d’une télévision, tout comme une scène où il filme en plan-séquence un moment où David parle avec un médecin au loin, tout en montrant l’opération d’un patient ou une scène en plan-séquence où David et Joseph parlent au loin pendant une partie de football. Cette façon de filmer rend très probablement Unbreakable au-dessus de la normale, mais permet également de dépeindre correctement le réalisme dans cet univers.

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Image du film

C’est aussi en jouant avec les proportions que M. Night Shyamalan parvient à rendre plausible son univers. Parce que, soyons honnêtes, il serait facile de rendre le concept surréaliste et digne de n’importe quel long-métrage de super-héros présent dans la décennie 2010, ce que le scénariste ne fait pas. Bien qu’il y ait des scènes comme le dialogue d’une directrice qui explique la noyade de David Dunn ou le moment où David remarque le brigand avec une arme à feu, le concept d’Unbreakable ne va jamais plus loin. Puis, quand il semble le faire, comme la scène où Joseph menace son père avec une arme, cela est désamorcé par l’univers réaliste dépeint. Cette manœuvre de M. Night Shyamalan permet de rester le plus possible dans la normalité et cela va en sa faveur, surtout quand il dépeint concrètement le quotidien de notre héros. Bien que des œuvres comme la trilogie Spider-Man ont repris cet aspect en prenant plus de temps sur le quotidien que sur l’action, il reste que l’œuvre est probablement celle qui a le mieux maîtrisé cet aspect, tout en rendant cela parfaitement fluide avec aucune longueur.

En parlant de cet aspect précis, Unbreakable risque de ne pas plaire à tous. En effet, la pellicule présente un aspect lent et progressif qui risque de déplaire à beaucoup, surtout que M. Night Shyamalan tente de mettre de longues explications et scènes qui permettent de découvrir tous les aspects importants de son concept. Pour autant, si vous n’êtes pas patients, vous risquez simplement d’être déçus et de même sentir un profond ennui. Pour ma part, je dirais que cet aspect ne me dérange pas, Unbreakable a beaucoup de choses à dire et d’éléments à développer, ce qui justifie pleinement qu’il prenne autant de temps. Puis, lorsque M. Night Shyamalan décide d’enfin offrir son accomplissement avec la séquence où David Dunn accepte d’être le héros qu’il doit devenir, cela est parfaitement justifié par toutes les explications offertes auparavant et nous pouvons aller au point culminent. C’est dans cette optique que les longueurs ne sont pas un problème puisque, sans ces dites longueurs, le scénario ne peut pas fonctionner et percuterait un mur.

Au niveau technique, nous sommes dans l’excellence même! M. Night Shyamalan (Signs, The Village, Lady in The Water, The Sixth Sense) offre une réalisation vaporeuse avec plusieurs plans de caméras simples et inusités à la fois, surtout quand il filme du point de vue d’un bang, pendant la première scène. Puis, comme dit auparavant, le réalisateur prend la peine d’utiliser des vitres ou des plans en hauteur pour filmer comme un long-métrage d’auteur qui donnent un cachet au-dessus de la moyenne. Dylan Tichenor donne un montage dans sa plus simple expression qui apporte un aspect spécial à Unbreakable. Pour autant, cette simplicité permet à l’œuvre d’être encore plus terre-à-terre. Eduardo Serra propose une direction photographique à la fois sombre et naturel qui soutient la prise de normalité du scénario, tout en donnant plusieurs couleurs assez impressionnantes, surtout pendant la scène des haltères. James Newton Howard (La saga Hunger Games, Fantastic Beasts and Where to Find Them, Jason Bourne, The Dark Knight) délivre une trame sonore culte et impressionnante qui demeure encore excellente de nos jours, que ce soit le thème (Nommé « Visions ») ou les compositions plus en arrière-plan, il demeure que cette trame sonore est éclaircissante. Dès les premières notes, pendant le générique d’introduction, il demeure que l’œuvre tient la route au niveau sonore.

Les acteurs forment aussi une grande qualité de l’œuvre! Dans le rôle principal, Bruce Willis (La saga Die Hard, la saga Sin City, la saga The Expendables, Tears of the Sun, The Fifth Element) délivre la meilleure performance de sa carrière en offrant un rôle réaliste et émouvant où on le sent constamment crédible, encore plus que dans The Sixth Sense même. Puis, sous la tutelle de M. Night Shyamalan, l’acteur donne un jeu naturel et spécial qui fait la marque de fabrique du réalisateur et Bruce Willis fut celui qui aura le mieux compris les intentions du réalisateur, outre Mel Gibson et James McAvoy. Samuel L. Jackson (Pulp Fiction, Jackie Brown, Django Unchained, The Hateful Eight, Oldboy, Robocop) a beau être au sommet de sa forme chez Quentin Tarantino, il est clair que l’homme derrière The Sixth Sense est parvenu à extirper une performance formidable chez Jackson, surtout en le rendant handicapé avec un aspect excentrique touchant presque le génie. Robin Wright Penn (Forrest Gump, Message in a Bottle, Beowulf, Everest, House of Cards) est également excellente, donnant une performance simple et douce qui demeure crédible dans la situation dépeinte dans le long-métrage. Spencer Treat Clark (Agents of S.H.I.E.L.D.) a beau être un enfant-acteur parfois dans le surjeu, le réalisateur est parvenu à offrir un miracle assez similaire à Haley Joel Osment où on le sent crédible et émotionnel. On notera également la présence de Eamonn Walker (Chicago Fire) au générique.

Au final, vous l’aurez compris auparavant, Unbreakable est mon long-métrage préféré de super-héros, mais également le meilleur long-métrage de M. Night Shyamalan. Bien que les œuvres super-héroïques sont plus d’actualité que jamais, depuis la décennie 2010, aucun long-métrage récent ne parvient à mieux comprendre et à mettre en images le fanatisme des lecteurs de bandes-dessinées et l’aspect gigantesque de ces héros dans le folklore urbain. Dans cette optique, la pellicule de M. Night Shyamalan est une véritable mine d’or, mais aussi un long-métrage d’auteur saisissant, qui prend les super-héros comme décors dans un univers réaliste et terre-à-terre. Cette manœuvre marche parfaitement et Unbreakable n’aurait pu être plus percutant et inoubliable, que ce soit les scènes sur le quotidien du héros ou le troisième acte où ce dernier devient ce qu’il doit être, on sent une minutie et une excellence rare. Le seul truc décevant, c’est que Unbreakable n’a jamais eu de suite, surtout qu’il s’agit du seul projet du réalisateur qui ne soit hermétique à cette idée. En attendant le jour où nous aurons un Unbreakable 2, nous pourrions nous consoler avec la sortie de Split, la nouvelle œuvre récente de Shyamalan.

Note : 5 / 5

En résumé :  Il y a bien des œuvres de super-héros qui demeurent excellentes et oubliables, surtout les Spider-Man de Sam Raimi, la filmographie de Zack Snyder ou les deux premiers Blade. Pour autant, même avec des excellentes qualités, aucun de ces longs-métrages ne parvient à offrir l’immense qualité et la finition que possède Unbreakable. Dès les premières secondes, l’œuvre touche la cible et démontre qu’il est parfaitement possible de dépeindre le sous-genre tant acclamé, sans tomber dans de l’action ou un univers léger. Avec son œuvre, M. Night Shyamalan démontre son fanatisme pour les bandes-dessinées, mais aussi démontre de façon plausible et réaliste que les héros peuvent exister dans un monde froid et sombre comme le nôtre. Le pari est parfaitement réussit et amène la thématique des super-héros à un degré d’excellence que nous ne reverrons jamais. En attendant une potentielle suite, Split sera un amuse-gueule parfait pour accepter que, peut-être, un Unbreakable 2 ne verra jamais le jour!


Réalisation : M. Night Shyamalan

Scénario : M. Night Shyamalan

Avec : Bruce Willis, Samuel L. Jackson, Robin Wright, Spencer Treat Clark, Charlayne Woodard, Eamonn Walker, Leslie Stefanson

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